Doit-on vendre l’alcool à rabais à nos dirigeants?

Il y a de ces sujets qui déchaînent les passions de la population. Les abus de la classe politique, en général, font clairement partie de ceux-ci. Dès qu’on entend parler d’une dépense irraisonnable ou d’un abus de pouvoir pour offrir des avantages indus à certains, les gens montent aux barricades. C’est bien sûr avec raison : tant d’argent est payé en impôts et en charges sociales qu’on est en droit de s’attendre au mieux de la part de nos dirigeants.

Au milieu du mois de juillet, une nouvelle a soulevé plusieurs points d’interrogations dans la province canadienne de l’Ontario. Là-bas, l’alcool est plus ou moins soumis à un monopole de la LCBO, un organisme qui répartit un peu partout en province ses magasins de vente d’alcool au détail. Le monopole, on le sait tous, entraîne de grosses augmentations de prix puisqu’il permet à son propriétaire de fixer les prix au niveau qu’il le souhaite! Le Liquor Control Board of Ontario, comme son cousin de la province du Québec (la Société des Alcools du Québec) l’a bien compris.

Toutefois, ce sont les largesses de l’organisme envers les politiciens qui ont été placées sous les feux des projecteurs par différents médias.

Un rabais colossal

Il semblerait qu’un rabais de 49% soit offert sur tous les produits alcoolisés. Celui-ci s’applique aux ministères fédéraux, aux agences canadiennes, aux ambassades, aux membres des consulats, aux délégués des missions commerciales ainsi qu’aux hauts commissariats de la province. C’est une politique qui est assez récente : l’administration de la LCBO l’aurait approuvée le 24 avril, remplaçant ainsi une autre politique qui permettait, de façon plus complexe, une tarification avantageuse pour les membres de l’appareil étatique. (les autres Canadiens, malheureusement, ne bénéficient pas des mêmes largesses lorsqu’ils doivent se négocier des rabais avec les commerçants)

La nouvelle formule s’avère, dans de nombreux cas, encore plus avantageuse. Le média virtuel La Presse donne l’exemple d’une caisse de vin importée : alors que le consommateur régulier aurait été forcé de payer 203.18$, M. le Ministre réussira à s’en sortir pour 104.80$, un prix qui s’avère 26.47$ plus bas que celui qui était en vigueur dans la première mouture de ce rabais.

Pourquoi?

On a beau chercher de bonnes raisons pour expliquer que nos politiciens puissent se saouler à moindre prix que les membres de la population, mais quand on considère que leurs salaires sont nettement plus élevés et qu’il est encore plus important qu’ils conservent leur sobriété que les habitants réguliers de l’Ontario, cette idée ne fait aucun sens. Récemment, l’Association des Restaurateurs et des Services alimentaires de l’Ontario a fait une sortie pour se plaindre que les établissements, eux, étaient forcés de payer le plein prix pour cet alcool!

Selon la LCBO, ces politiques découleraient de règles mises en place dans la loi fédérale ainsi que dans la Convention de Vienne de 1961. Je suis pourtant convaincu que les règles ne spécifient pas un nombre aussi absurde que 49%…

Du moins, il serait normal que les restaurateurs puissent effectivement bénéficier de la même promotion que nos chers dirigeants puisque les prix planchers imposés par les différentes régies d’alcool sont sensés empêcher les abus de consommation de la population. Quelqu’un a-t-il vraiment peur que les restaurateurs deviennent alcooliques à cause qu’ils pourraient acheter leurs boissons à un prix moindre? Laissez-moi en douter fortement.

Malheureusement, il ne faut pas s’attendre à ce que des modifications soient apportées aux règles.

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