Les normes de sécurité des appareils de levage

Travailler dans l’industrie de la construction présente bien des risques. En plus des douleurs articulaires et musculaires qui peuvent se développer chez les travailleurs au fil des années, les chantiers de construction sont témoins de plusieurs accidents mortels chaque année. On les impute à une foule de raisons : imprudence de la part de la victime, bris au niveau de la machinerie, conditions de sécurité insuffisantes mises en place par l’employeur… les causes malheureuses se succèdent pendant longtemps.

Pour limiter les dangers auxquels sont exposés les travailleurs, la Commission sur la Santé et la Sécurité au Travail, la CSST, met fréquemment à jour ses normes de sécurité. Elle est également en charge d’enquêter sur les plaintes et de faire des inspections ponctuelles afin de s’assurer qu’un certain climat d’imputabilité règne en tout temps parmi ceux qui aimeraient contourner les lois en place. Parmi les normes et les règles rédigées par la CSST, on retrouve le document que nous étudierons aujourd’hui avec vous : Les Règles de sécurité pour l’industrie du cinéma et de la vidéo du Québec, section appareils de levage.

Eh oui, vous avez bien lu : les équipements de construction peuvent également être utilisés pour le cinéma! Celles-ci serviront notamment à installer les décors, mais elles ont une foule d’autres utilités. Ce serait bien dommage que des gens se blessent ou perdent la vie dans l’ambiance festive d’un plateau de tournage, d’où la mise en place de ce code serré. La lecture des règles suivantes vous donnera un bon aperçu de la façon d’agir de la CSST.

Danger

Apprenez à limiter les dangers!

La formation, un prérequis essentiel

En premier lieu, le code spécifie que toute personne n’est pas autorisée à « conduire » un appareil de levage quel qu’il soit. Les normes des différents fabricants spécifient généralement le genre de formation requis pour chacune des machines produites. Comme l’appareil de levage n’est pas aussi complexe que la grue, la bonne nouvelle est qu’une formation professionnelle n’est pas requise, contrairement au poste de grutier. Il faudrait toutefois faire appel à un formateur, qui délivrera à la personne concernée une certification pour utiliser la plateforme élévatrice ou la nacelle.

L’opérateur de l’appareil apprendra notamment qu’il faut le manipuler avec la plus grande fluidité possible. Tout mouvement brusque pourrait secouer la nacelle ou la plate-forme et déséquilibrer les gens qui s’y trouvent, plaçant leur vie en grave danger. Il découvrira aussi qu’il est primordial pour lui d’avoir un assistant au sol lorsque la plate-forme est en mouvement. Cet opérateur vérifie qu’aucun obstacle ne se trouve dans la trajectoire de l’appareil. Un contact visuel constant est important pour éviter les accidents.

Connaître les normes d’utilisations de chaque type de machine

Il existe différentes classes de plateformes élévatrices, nacelles et autres machines : comme chacune d’entre elle se manipule de façon différente, différents codes s’appliqueront. Voici les normes édictées par la CSST :

  • Pour les plateformes de travail de type « élévatrices et portatives », il faut utiliser la 2e édition de la norme (CSA B354.1-04).
  • Pour les plateformes de travail de type « élévatrices automotrices », on fera plutôt appel à la 2e édition de la norme (CSA B354.2-01).
  • Pour les plateformes de travail de type « élévatrices automotrices à bras articulé », qu’on appelle également nacelle articulée, on lira la norme (CAN/CSA: B354.4-02), 2e édition bien entendu.
  • Les grues mobiles, quant à elles, utilisent la norme (CSA Z150-1974).
  • Les chariots élévateurs à petite levée et à grande levée sont cette fois-ci régis par une norme américaine sur les chariots motorisés ou non motorisés. La CSST identifie cette norme sous le code ASME B56.1 (1993-A.1995).
  • Enfin, l’utilisation de chariots élévateurs sur des terrains accidentés requière une norme particulière, le (ASME: B56.6-2002).

L’exposition au monoxyde de carbone

Dans un monde idéal, la Commission de la Santé et de la Sécurité du Travail recommande de faire appel à des appareils de levage fonctionnant à batterie : ces équipements annulent le risque d’empoisonnement au monoxyde de carbone engendré par les équipements fonctionnant à essence. Si seuls ces appareils sont disponibles, il faut savoir que l’exposition maximale au monoxyde est réglementée. Sur une période de 8 heures, il est interdit que la concentration moyenne à laquelle une personne sera exposée dépasse 35 ppm. Une personne qui ne sera pas exposée à la pollution pour plus de 15 minutes voit toutefois sa limite d’Exposition maximale passer à 200 ppm.

L’exposition aux lignes électriques

Il est excessivement dangereux d’approcher un appareil de levage à proximité d’une ligne à haute tension : il y a un risque d’électrocution qui est intolérable pour la santé des travailleurs exposés. L’opérateur de la machine doit toujours évaluer les risques et repérer les sources potentielles d’électrocution afin de ne pas s’en approcher de trop près. La distance maximale d’approche fixée par la CSST varie de la puissance de la tension qui circule dans les lignes. Quand on parle d’une tension inférieure à 125 000V, il faut garder au moins 3 mètres de distance entre la ligne et la composante de l’appareil qui est la plus proche. Jusqu’à 250 000V, la distance passe à 5 mètres, puis 8 mètres si elle est inférieure à 550 000V, et 12 mètres si jamais la tension est supérieure à 550 000V.

Nacelle 80 pieds

Durant les travaux extérieurs, il faut toujours s’assurer qu’aucune ligne de tension ne place les travailleurs en danger.

La vérification préalable

Il est impératif de vérifier le bon fonctionnement des appareils de levage avant chaque utilisation. Une attention particulière devrait être portée aux systèmes de contrôle ainsi qu’aux éléments structuraux de la machine. Bien évidemment, en cas de problème, il faut signaler la défectuosité à la personne responsable du service ou encore à celle qui coordonne la sécurité.

Parmi les autres vérifications, il faut s’assurer que la surface sur laquelle les équipements seront utilisés est stable et que les renversements ou instabilités sont hors de cause. Il y a tout un travail de planification qui est à faire : il faut situer les obstacles aériens, le potentiel mouvement de véhicules aux alentours, les trous potentiels dans l’asphalte, les dénivellations de terrain… dans le cas où des dangers potentiels seraient observés, il ne faut absolument pas utiliser l’appareil de levage sans contacter au préalable le fabricant. Des instructions précises peuvent avoir été laissées pour expliquer comment utiliser les nacelles ou les plateformes élévatrices dans ces conditions difficiles mais si les instructions ne s’appliquent pas à votre situation, il faut parler à une personne experte de la machinerie utilisée.

L’équipement de protection

Avant de lever les gens dans les airs, il est essentiel que les stabilisateurs soient verrouillés sur une plaque d’assise solide.

Les gens qui seront sur la plateforme élévatrice doivent utiliser des équipements de protection individuelle afin de se prémunir contre les chutes. Cet équipement inclue un harnais de sécurité relié à un point fixe de la plateforme. Ce cordon d’assujettissement, comme on le nomme, doit impérativement être équipé d’un absorbeur d’énergie.

Délimiter l’aire de travail de travail

Vous l’aurez peut-être deviné : les gens ne devraient pas avoir la possibilité de s’approcher trop près de votre plateforme élévatrice ou de votre nacelle. L’aire de travail doit être délimitée en conséquence grâce à des barricades, des cônes, des tréteaux… il ne suffit pas d’en bloquer l’accès, il faut aussi que le blocage soit facilement visible pour ceux qui s’apprêteraient à circuler à proximité. Le chef de service devrait être le seul à approuver les déplacements sous le mât de levage.

Autres conditions à respecter

Au total, le guide de la CSST contient 27 points à respecter. Voici ceux qui n’auraient pas été cités jusqu’à présent.

  • Il faut choisir l’équipement en fonction du poids total que celui-ci devra supporter tout au long des travaux. Le poids des personnes est un facteur primordial qui influera sur la stabilité et sur les risques de renversement ou de déséquilibre. La charge totale soulevée par l’appareil ne doit pas dépasser 50% de la charge nominale du chariot.
  • On ne peut pas utiliser des équipements de levage sur une plateforme. On compte dans ce terme toute échelle, escabeau, échafaudage… bref, tout ce qui servirait à vous procurer une hauteur supplémentaire. La stabilité de ces équipements serait beaucoup trop aléatoire pour vous assurer un travail sans risque. On ne peut pas davantage grimper sur le garde-corps.
  • Il est interdit d’attacher une plate-forme élévatrice à une structure quelconque. On donne l’immeuble en exemple dans ce cas particulier.
  • Les travaux de soudage ne sont pas compatibles avec l’utilisation d’une plate-forme. S’il est absolument nécessaire de l’utiliser, consultez les instructions du fabricant à ce sujet.
  • Il faut mettre à la terre tout appareil utilisé dans le but d’alimenter les circuits d’éclairage ou encore de distribution.
  • Le système de commande secondaire de l’appareil ne doit jamais être utilisé sans le consentement explicite de l’opérateur principal de la plate-forme.
  • Il faut conserver le manuel du fabricant en tout temps dans l’appareil de levage. Celui-ci doit être en bon état et dans la langue de fonctionnement de son opérateur.

Le levage de personnes via un appareil de levage de matériaux

Terminons cet article en se penchant sur certaines normes de sécurité qui affectent particulièrement les appareils de levage de matériaux qui seraient utilisés à destination de lever des personnes.

  • Le chariot élévateur qui sert au levage d’une plate-forme doit absolument être assisté : la plate-forme devra être entourée de fourches et on devra également la fixer au tablier du chariot.
  • Le chariot doit uniquement être déplacé lorsque toutes les personnes ont été évacuées de l’appareil de levage qu’il transporte.
  • Lorsqu’une plate-forme n’a pas été conçue par le fabricant du chariot élévateur, il est essentiel que la première soit conforme aux plans réalisés par un ingénieur. On dit plus précisément que ces plans doivent se trouver dans l’appareil et qu’une plaque doit l’accompagner : cette plaque indique sa charge nominale et son poids total, son fabricant ainsi que la référence aux plans qui ont été soumis.
  • Enfin, la grue mobile doit être munie d’un équipement qui servira à éviter que le crochet reste coincé dans la poulie. On parle d’un limiteur de fin de course pour le crochet ou encore d’une flèche suffisamment longue pour maintenir 3 mètres entre le crochet et sa poulie.

En conclusion, vous pouvez constater que les règles d’utilisation des appareils de levage sont très complexes. N’allez pas croire que les normes de sécurité sont plus élevées dans l’industrie du cinéma que sur les chantiers de construction! L’utilisation d’équipements aussi puissant requiert énormément de sérieux de la part de ceux qui sont aux commandes, opérateurs comme gestionnaires de chantiers et chefs d’entreprise. Il n’y a pas de coûts à économiser lorsqu’on traite de sécurité et de dangers mortels.

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